Laura Huguenin, Responsable de la biologie marine et Co-fondatrice de Cosma, Plongeuse scientifique
Diplômée d’un Master Dynamique des écosystèmes aquatiques (DYNEA) et d’un Doctorat en écologie et chimie de l’environnement à l’UPPA, Laura Huguenin est la co-fondatrice de Cosma, start-up innovante spécialisée dans la cartographie des fonds marins à grande échelle par drones sous-marins autonomes et IA. Un métier qu’elle exerce au service de la biodiversité marine, qu’elle met également en pratique en tant que plongeuse scientifique.
Quelles sont les grandes étapes de votre parcours universitaire ?
J’ai passé mes dix-huit premières années à Strasbourg. Chaque été, je partais en vacances en Corse et j’étais fascinée par la biodiversité des fonds marins. J’ai choisi un bac scientifique car j’étais intéressée par la biologie, la physique-chimie et les mathématiques. Je souhaitais concilier une formation scientifique pluridisciplinaire tout en vivant si possible au bord de mer. La licence d’océanographie de Marseille réunissait tous ces critères. Je suis ensuite partie en Angleterre avec le programme Erasmus pour suivre un Bachelor d’océanographie. Pour des raisons personnelles, j’ai rejoint le Sud-Ouest de la France pour intégrer le Master Dynamique des écosystèmes aquatiques (DYNEA) à Anglet, où je me suis formée aux analyses statistiques appliquées à l’ensemble des milieux aquatiques. J’ai choisi de poursuivre avec un doctorat en co-tutelle, que j’ai réalisé au sein de l’IPREM (UPPA) et du laboratoire Botany (University of the Basque Country) à Bilbao, au cours duquel j’ai acquis une double compétence en chimie de l’environnement et écologie benthique. C’est d’ailleurs au cours de ma thèse que j’ai obtenu mes certificats de plongeuse scientifique.
Comment avez-vous construit votre parcours professionnel ?
Je nourrissais une passion particulière pour les abysses et la bioluminescence. Le master DYNEA m'a permis de la concrétiser lors de deux stages sur notamment le développement d’un protocole de suivi adapté de l’estran rocheux de la Côte Basque. Cette mission encadrée par l’UPPA et l’Ifremer m’a offert l’opportunité de me spécialiser sur le benthos (ensemble des organismes vivants à proximité du fond dans l’océan). J’ai ensuite approfondi cette spécialisation tout au long de ma thèse de doctorat, consacrée à l’étude de l’impact des stations d’épuration de la Côte basque sur la faune et la flore des substrats rocheux tant en zone intertidale que subtidale. Après ma thèse, j’ai intégré un bureau d’études en Bretagne (TBM) où j’ai pu réaliser un grand nombre d’études d’impacts environnementales et de cartographies d’habitats benthiques. Puis, j’ai été recrutée comme Chargée d'études Environnement et gestionnaire d’aire marine protégée (Natura 2000) au Service Littoral et Milieux Naturels de la Communauté d'Agglomération du Pays Basque. En parallèle, j’ai créé mon auto-entreprise (Benthos 64) pour continuer à effectuer des missions scientifiques notamment en plongée sous-marine. C’est en passant mon permis bateau professionnel que j’ai rencontré Frédéric Mittaine, aujourd’hui CEO de Cosma. Cette rencontre a contribué à la naissance de La Compagnie d’Observation Sous-Marine (Cosma) en associant mon expertise scientifique en environnement à son idée innovante de développer une technologie de cartographie des fonds marins reposant sur des essaims de petits drones sous-marins autonomes.
Quel a été le développement de Cosma depuis sa création en 2022 ?
Cosma a remporté en 2022 le concours Octo'pousse, le concours national d'innovation de l'Ifremer. À ce titre, notre start-up a pu bénéficier du support technique et scientifique de l'Ifremer et être hébergée par le laboratoire de robotique sous-marine de l’Ifremer à La Seyne-sur-Mer pour mener deux années de recherche et développement. Notre équipe est composée d’experts pluridisciplinaires et complémentaires en robotique sous-marine, opération en mer, collecte de données, science des données, intelligence artificielle et biologie marine. Nous avons pour ambition d'ouvrir la voie à des solutions innovantes, évolutives et scalables pour la cartographie, la caractérisation et le suivi des fonds marins appliqués aux études environnementales et géophysiques sous-marines, tout en limitant les couts des opérations et l’impact sur la biodiversité. Avec notre solution, nous pouvons également assurer le suivi des infrastructures critiques sous-marines et la sécurisation des sites en détectant les engins non explosés par exemple (UXO). Après ces deux années de recherche et de développement soutenues par l’Ifremer et le CNRS, nous avons concrétisé notre premier projet commercial en avril 2024. Nous déployons de petits drones sous-marins de 25 kg et de moins d’un mètre, chacun muni de capteurs, sur une zone couvrant une grande superficie de fond marin. Ces drones sont désormais conçus par nos soins et peuvent acquérir une grande diversité de données : des données optiques, sonars et magnétométriques afin d'obtenir une cartographie complète des fonds marins. En 2025, nous avons réalisé notre premier projet offshore : une campagne de capture d’images à haute résolution sur le site du futur parc éolien flottant de Pennavel, en Bretagne sud, et obtenu une première levée de fonds de 2,5 millions d’euros. Une seconde levée de fonds est venue consolider cette dynamique.
Quel lien entretenez-vous avec l’UPPA aujourd’hui ?
J’ai gardé de très bons contacts avec l’UPPA et l’Ifremer avec qui j’échange ponctuellement afin de confronter nos expertises respectives, les retours d'expérience de terrain et les évolutions de notre secteur.
Quel conseil donneriez-vous à un·e étudiant·e en début de parcours ? En fin de parcours ?
Je leur conseillerais de ne pas se démotiver car c’est un secteur de niche dont on m’avait dit qu’il offrait peu de débouchés. Mais, si leur motivation est forte, il faut aller jusqu’au bout, en s’ouvrant à un maximum d’opportunités, en se montrant curieux, en rencontrant des professionnels et en multipliant des stages. C’est la richesse du parcours qui fait la particularité et la force du profil. En fin de parcours, les profils qui font la différence sont souvent ceux qui sont mobiles géographiquement, qui cultivent un lien humain et entretiennent leur réseau professionnel qu’ils se sont constitué tout au long de leur parcours, notamment grâce à leurs stages.
Propos recueillis par Séverine Cuesta
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Parcours Dynamique des écosystèmes aquatiques
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